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27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 14:49



Plus qu'une fête à passer. Noël fut si douloureux. Là où je ne m'y attendais pas. Les quelques jours précédents, je n'avais pas été bien. L'approche de la fête, que j'appréhendais, me rendait triste. Je me demandais où il serait. Chez qui. Cela ne me regarde plus et la plupart du temps mon esprit en est libéré. Il n'habite plus ici, il n'habite plus non plus mes pensées. Sauf  de temps en temps, par la force des choses. Le 23 décembre, il est passé à la maison. J'étais à Bruxelles. Il est venu apporter un cadeau aux enfants. J'ai appris qu'il avait été à Paris. Le Louvre, Montmartre. En moins de deux mois, il est allé au cap Gris Nez en Normandie, au marché de Nöel à Aachen et maintenant Paris...J'ai senti le bouillonnement dans mon ventre. Il n'a rien à gérer avec les enfants, aucun conflit, aucun souci, aucun panier de linge qui déborde, aucune montagne d'autre linge à repasser. Le bouillonnement dans mon ventre comme une déferlante qui cherche un endroit où s'échouer. Il ne m'a jamais emmené nulle part. Jamais. J'étais la pourvoyeuse d'idées, celle qui proposait, chiosissait, exhortait les autres. Je les ai emmenés au théâtre, à l'opéra. Si je voulais aller au cinéma, je disais que je voulais aller au cinéma. Même pour mon anniversaire. Je me souviens de cette année où, à table, j'avais dit : j'aimerais bien aller voir Un long dimanche de fiançailles pour mon anniversaire. Et nous y sommes allés.

Pendant des années, je me suis offert mon cadeau de Noël. J'allais acheter les cadeaux pour les autres alors je m'achetais un cadeau aussi. Au moins j'étais sûre d'avoir quelque chose qui me plaisait. Et en plus je lui évitais de devoir faire les magasins. Puis j'ai lancé l'idée d'écrire nos noms sur des petits papiers et d'en tirer un au hasard. Nous faisions aussi une liste où chacun mettait des idées de cadeaux. Cette année nous n'avons pas tiré de nom, pas fait de liste. Les enfants ne voulaient pas de cadeau mais un Noël sans cadeau, en avais-je jamais connu ? J'ai donc déposé des cadeaux sur le sapin. Mais il arrive que les choses ne se passent pas comme on les a prévues. Ce 24 décembre, ce fut un Noël chagrin avec pour seul chant de gloire les larmes et les sanglots qui emplissaient la maison. Je savais la blessure de ne rien recevoir. J'ai appris la blessure d'offrir. Nous n'avons même pas mangé la bûche ce soir-là. Nous l'avons étrenné le lendemain au petit-déjeuner...
Alors quand j'ai lu, chez Quichottine, cette phrase " Quand on n'attend rien, on reçoit tout ", je me suis dit que c'était faux. Tellement faux. Tout mon être peut le crier. Je n'attendais pas de cadeau, je savais que je n'en recevrais pas. Ma joie c'était d'en offrir. Mais parfois cela ne suffit pas non plus.  Les êtres sont imprévisibles. Et on ne sait parfois quelle blessure intime fait saillie au moment où on ne s'y attend pas.

A chaque Noël  les fêtes d'antan se rappellent à moi avec nostalgie quand parents et grands-parents étaient encore présents, quand il était inimaginable même de penser qu'ils puissent disparaître, que ce bonheur-là puisse s'essouffler. La vie l'offrait, simple et essentiel, autour de la famille rassemblée. La famille où je me sentais entourée, protégée. Aujourd'hui je me sens de plus en plus vulnérable. Comme une maison ouverte à tous vents.

Noël fut triste, infiniment triste...Parce que j'attendais, j'espérais au moins un mot de quelqu'un qui compte beaucoup pour moi. Pas d'autre cadeau qu'un mot, un signe de vie pour une enveloppe où j'avais glissé un livre. Supposer, sans véritable certitude, qu'elle est bien arrivée au bout de son voyage. Un mot, un seul, est-ce encore trop attendre de l'autre ? Comment arriver au dépouillement suprême ? Au détachement total de la douleur quand elle naît du silence ? Au détachement de l'autre ? Comment faire pour ne plus avoir mal à l'autre ?
Aujourd'hui Noël n'a plus vraiment de sens. Sauf celui des déchirures.




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Published by Petit Poucet rêveur - dans Le coeur au bord des mots
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commentaires

MULLER Géraldine 12/01/2010 19:38


Noël, hélas, ouvre plus souvent la porte sur la solitude. C'est une fête devenue si artificielle, une fête triste car avec les difficultés et la course au "consommable" elle a bien perdu sa saveur
d'enfance.
Reçois toutes mes amitiés... et ma compréhension!


Petit Poucet rêveur 12/01/2010 20:50


C'est vrai que pour beaucoup Noël a perdu de son sens...C'est vrai aussi qu'il ya beaucoup de solitude...Masi je sais que pour certains c'est toujours une belle fête de famille. Heureusement...
Merci pour tes mots, Géraldine.


Mahina 04/01/2010 22:57


j'ai lu... et pensais rester silencieuse... je ne sais pas toujours exprimer c que je ressens... juste que ce noel... a été un jour que je voudrai effacer...il y a si souvent quelque chose que l'on
attend et qui ne vient pas... j'ai beau me dire "c'est ainsi" cela fait mal quand même... une émotion à fleur de peau, voilà un trait de caractère difficile à assumer....


Petit Poucet rêveur 05/01/2010 11:48


Et je te remercie beaucoup d'avoir laissé cette trace, ce caillou...Nous connaissons toutes et tous ces moments où il est difficile d'exprimer ce que l'on ressent...C'est un beau cadeau que tu me
fais, Mahina...Je sais combien il y a des moments qui peuvent être douloureux à vivre...Je sais aussi qu'il y a des moments où l'on espère et il n'y a rien...Des moments de désespérance comme dit
Brel...Je partage aussi cette émotion à fleur de peau...C'est vrai qu'elle fait aussi souffrir mais je ne voudrais pas être autrement...
Je t'embrasse et me réjouis de mieux te connaître au long de cette année...


Semeuse 01/01/2010 10:20


L'absence est inimaginable. Comment s'y préparer ? Comment s'y habituer ? Comment s'en guérir ?
je te souhaite de trouver sur ton chemin ce dont tu as besoin pour avancer.


Petit Poucet rêveur 01/01/2010 16:31


Bonjour du premier jour de l'an, Semeuse et bienvenue...Oui, l'absence est inimaginable...
Merci pour ton souhait et une bonne année à toi.


Danièle 31/12/2009 12:49


Un ciel bleu, quelques nuages hauts, légers et blancs.. Au milieu de tout ça un soleil pâle...
Belle année 2010 Petit Poucet !


Petit Poucet rêveur 31/12/2009 15:28


Un immense merci à toi, Danièle...Je reçois ton soleil pâle comme une lumière sur cette dernière journée de l'année où ici tout est gris presque enveloppé de brume...
Belle année 2010 à toi, Danièle...


Saravati 30/12/2009 17:26


Ah, Petit Poucet, comme dans ce texte, tu portes bien ton nom, comme un enfant qui attend un geste de tendresse.
Ton témoignage me touche énormément, presque comme un présage de ce qui peut nous attendre tôt ou tard.
Nous devons apprendre, nous les femmes, à ne pas penser exclusivement aux autres car les autres souvent ne pensent pas à nous ou seulement par iontermittence.
Je ne sais quel âge ont ces enfants mais je suis sûre que s'ils avaient imaginé ne fut-ce qu'un centième de ta souffrance, ils t'auraient offert un cadeau, pas nécessairement quelque chose de
coûteux mais un geste d'amour en réponse à un don d'amour que tu leur fais chaque jour.
La confiance que tu nous offres en dévoilant ta tristesse est un superbe cadeau pour nous, je te remercie et je pense que viendront des jours meilleurs, tous les êtres ne sont pas égoïstes ou
insensibles. Je t'embrasse ! Tous mes voeux !


Petit Poucet rêveur 31/12/2009 15:25


Merci Saravati...
Mes enfants ne sont pas égoïstes...Ils sont tous trois adultes, tous trois toujours aux études avec des parcours différents...La situation familiale avec ce changement qu'ils n'ont pas choisi
entraîne certaines conséquences pour eux aussi.   Et je constate que tu ne relèves pas par exemple le fait que pendant des années mon mari ne m'a pas offert de cadeau...Ce qui en soi, est
bien plus terrible...Ici ce qui est terrible pour moi est que nous n'avons pas tiré les noms au sort. Pour quelle raison, je le garde pour moi. Je dévoile beaucoup, je n'ai rien à cacher mais je ne
dis pas tout non plus. La réaction d'une de mes filles devant son cadeau me montre à quel point effectivement l'humain est complexe et le siège de ses paradoxes, parfois difficile à vivre. La
réaction de ma fille me ramène aussi à mes propres paradoxes.
Je sens énormément les choses et je peux même comprendre sa réaction même si elle m'a blessée d'autant que Noël cette année était difficile à passer.
Merci infiniment, en tous cas, de considérer ces mots "nus" comme un superbe cadeau, tu m'en fais un à ton tour...
Une très bonne fin d'année à toi...


Se couler vers un ailleurs

Je ne sais vers quel changement je me coule "
  mais le voyage a bel et bien  commencé.
  
Vers un ailleurs où je pourrais me poser,
poser mon corps chaotique et fatigué,
le poids de mes blessures.

Un ailleurs avec des mots
léchés par les vagues 
à moins que ce ne soit par mes larmes.
Car, à portée de regard, comme une évidence: la mer.
A perte d'horizon. La mer. 
Sa rumeur, ses humeurs.
La mer et l'écriture comme subsistance,
pain de mes jours.

Un ailleurs à l'écoute
de ma petite musique intérieure.
A défaut d'une chambre à soi,
inventer symboliquement un espace
qui m'appartienne,
que je puisse habiter à ma façon.
Construction encore bien fragile et hésitante, 
à grands coups de découragement, 
de tentatives maladroites et d'acharnement,
cet endroit se dessine peu à peu. 
Sous mes yeux. Sous les vôtres s'ils s'y posent. 

Espace impalpable qui se voudrait
alcôve sobre et chaude pour y loger 
un peu (le peu) de ce que je suis. 
Espace impalpable mais vivant
comme un battement d'aile.


      
         
Oui, le voyage a bel et bien commencé.

                                                        
                              
                      21 juillet 2009                          

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