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22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 22:47




Merci Danièle d'avoir déposé ce bonsoir et de t'être souciée de moi.
Ta sollicitude, si légèrement déposée par ces quelques mots,
m'a accompagné au long de ces jours de retrait dans l'ombre de la chambre.
Et l'image de ce feu de bois aux bûches léchées par la brûlure  des flammes
ne me quitte pas non plus. J'aimerais, un jour, venir m'asseoir là, tout près.
Quelques jours de plus et sans doute serais-je oubliée de la plupart.
A l'instar de notre société, il faut être performant et productif, ici aussi.
Si l'on est malade, tant pis pour soi.



Vivre au ralenti depuis mardi.

Corps au repos, immobile, alangui dans la chaleur du lit

cependant que le ventre est pesant. Accepter ce langage

du corps même si je ne le comprends pas.

Je commence tout au plus à le décrypter. Accepter ce corps

et ses failles puisque les rejeter équivaudrait à me rejeter , moi.

Je suis ce corps avec ses failles. Aucune violence, aucune douleur vive.

Juste un ventre qui s'exprime. Qui ne connaît pas (encore) la paix.

Laisser le mal tracer son chemin jusqu'à ce qu'il trouve la porte de sortie.

Je me souviens de Stéphane qui m'a donné cours de danse créative.

Un jour où je n'étais pas bien, il m'a dit qu'il fallait ne pas se crisper contre

le mal mais au contraire se dilater. Il y a bien longtemps que je ne danse plus

et je ne sais pas ce que Stéphane est devenu. Mais j'ai souvent pensé et je pense

toujours à ces mots-là.

Mardi et mercredi, je me suis laissée aller. Etendue, détendue. Poser les mains

sur ce ventre, le masser doucement en se demandant sans cesse ce qui se passe

sous la mince couverture de la peau.

Respirer. Profondément. Repos. Puis lecture. Sertie de chaud, la tête sur l'oreiller.

Dans le calme et la sérénité. Plus de regard accusateur quoique indifférent

" toi, tu peux te permettre de rester au lit ".

Plus d'humilation. Juste attendre que le corps s'apaise comme on attend, espère

qu'il va cesser de pleuvoir. Avant je n'osais pas descendre me faire un thé parce qu'il

était là. Parfois je n'en avais même pas la force. J'attendais. La présence d'un de mes

enfants. Pour demander à boire. Je restais parfois des heures, avec une soif immense,

brûlante. Alors cette semaine pouvoir jouir de mon mal. Descendre me préparer une

infusion, un thé. Me faire servir un repas chaud par mon fils. Le bonheur.

Même quand on est malade.

Il me semble pourtant que je vais mieux, que le mal prend de la distance.

Mais le corps reste fragile.Tant de rancoeurs accumulées comme des renvois qu'on n'a

pas fait. Des indigestions de mots, de reproches, de silences lourds d'orages.

Je ne savais pas que le ventre avant tant de mémoire. Je pensais qu'il gardait les traces

de la vie, la vie dans son enclos de chair, juste ces traces-là. Il garde tout en mémoire.

J'ai lu. Cela m'a rappelé ma jeunesse, surtout cette année où j'avais fait un épuisement.

Un mois passé au lit, à lire énormément.

J'ai lu. " Les braves gens ne courent pas les rues "  de Flannery O'Connor. Tout le recueil

de nouvelles. Je me suis plongée dans l'écriture de Colette Nys-Mazure :" Tu n'es pas seul " .

Comme j'aime cette écriture ! Je ne m'en lasse pas. Nourriture, ô combien essentielle. Lire.

Pendant que le ventre travaille. M'immobilise. J'ai retrouvé cette liberté d'être, d'agir.

Lire comme à vingt ans. Quand  Maman veillait sur moi. Lire au lit en étant malade.

Et cela  me relie à ce que j'étais. Que je n'ai pas cessé d'être.

Je savoure mon petit désordre sur le lit. A côté des épaisseurs fluides et moëlleuses sous

lesquelles je me glisse avec autant de délices.   Un foullis de feuilles, mon plumier, des livres. 

J'en suis presque fière. Comme  quelque chose qui m'appartient. Des livres et  encore des livres.

Ils dorment à coté de moi. Compagnons de choix.

De hier à aujourd'hui, nuit presque blanche. Comme si le sommeil avait fui, se conduisait en

rebelle. Dur. Impatience dans le noir. Soupirs. Contre toute attente,  journée paisible, sans trop

de fatigue à porter.

Le corps a ses secrets. On ne les lui ravira pas.

Aujourd'hui je suis retournée en ville. La vie reprend ses droits.









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Published by Petit Poucet rêveur - dans Le coeur au bord des mots
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commentaires

saadou 31/01/2010 00:35


je reviens juste et je vois que tu n'étais pas bien; je me fais du soucis; donne des nouvelles et prends bien soin de toi, promis?


Petit Poucet rêveur 31/01/2010 20:48


Mais je prends soin de moi, tu sais :)
Et cela arrivera encore que je ne sois pas bien...Parfois, mais pas toujours, je pose des mots dessus...
Merci en tous cas de te soucier de moi...


Jeanne Fadosi 26/01/2010 23:45


bonne nuit petit poucet, je passais juste car la semaine dernière a été au ralenti ici aussi avec dautres perturbations. et je m'attarde alors qu'il est tard.
Parmi les tyranies modernes, l'obligation d'être (de paraître) en bonne santé est assez pitoyable.
Tu vas mieux maintenant ? belle fin de soirée et reposes-toi, prend soin de toi. ... et sans rancoeur qui ajoute un poison à la maladie.


Petit Poucet rêveur 27/01/2010 20:35


Merci de t'être attardée, Jeanne...Oui, je vais mieux...J'espère que de ton côté la vie reprend son cours sans trop de perturbations...


pâques marcelle 25/01/2010 19:41


Je me suis revue enfant, mon lit, mes livres, et maman qui m'apportait des jus de fruit :-)
Heureusement tu as l'air d'aller mieux, le pire est passé.
Bisous
Marcelle


Petit Poucet rêveur 25/01/2010 21:06


J'ai ravivé des souvenirs...Pleins de douceur...Merci pour ce partage...
Toute bonne fin de soirée à toi.


Renard 25/01/2010 01:15


Je reviens, car j'ai oublié de te dire que tu as raison, j'ai été absente du net, et hop, le nombre de passages sur mon blog a diminué aussitôt, et certains m'ont même enlevée de leurs liens..mais
ça m'est égal car je ne cherche pas de lecteurs, mais juste des gens authentiques... alors, ne t'inquiète pas, ceux pour qui seule la présence et la rentabilité sont importantes ne font pas partie
du même monde que nous, et ma foi, je trouve ça plutôt réjouissant..
Prends bien soin de toi


Petit Poucet rêveur 25/01/2010 20:59


C'est presque risible. Je déteste l'hypocrisie mais je me demande si je ne déteste pas encore plus la mesquinerie.
Des gens authentiques, oui, nous sommes sur la même longueur d'ondes...Mais je le savais déjà :)
Je prends soin de moi autant que je peux...Je t'embrasse.


Renard 25/01/2010 01:11


Et bien....
J'étais quasiment absente du net, car malade aussi, et trop de douleurs à rester assise devant mon clavier... mais si je m'étais doutée, je serais passée quand même..
Non, je ne t'oublie pas, pas possible, tes mots ont trop de résonance en moi...
je t'embrasse Poucette


Petit Poucet rêveur 25/01/2010 20:53


Absentes l'une et l'autre parce que malades...
J'espère que tu vas mieux...Merci pour ce partage, merci de ne pas m'oublier, Renard...


Se couler vers un ailleurs

Je ne sais vers quel changement je me coule "
  mais le voyage a bel et bien  commencé.
  
Vers un ailleurs où je pourrais me poser,
poser mon corps chaotique et fatigué,
le poids de mes blessures.

Un ailleurs avec des mots
léchés par les vagues 
à moins que ce ne soit par mes larmes.
Car, à portée de regard, comme une évidence: la mer.
A perte d'horizon. La mer. 
Sa rumeur, ses humeurs.
La mer et l'écriture comme subsistance,
pain de mes jours.

Un ailleurs à l'écoute
de ma petite musique intérieure.
A défaut d'une chambre à soi,
inventer symboliquement un espace
qui m'appartienne,
que je puisse habiter à ma façon.
Construction encore bien fragile et hésitante, 
à grands coups de découragement, 
de tentatives maladroites et d'acharnement,
cet endroit se dessine peu à peu. 
Sous mes yeux. Sous les vôtres s'ils s'y posent. 

Espace impalpable qui se voudrait
alcôve sobre et chaude pour y loger 
un peu (le peu) de ce que je suis. 
Espace impalpable mais vivant
comme un battement d'aile.


      
         
Oui, le voyage a bel et bien commencé.

                                                        
                              
                      21 juillet 2009                          

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