J'ai vu le jour se lever. La lumière transformer la Terre. J'ai goûté la fraîcheur de l'air
et je me suis mise en marche. Je rentrais chez moi après deux ans d'errance. Mais é-
tait-ce encore chez moi? Pourquoi ai-je eu l'impression de me retrouver en plein dé-
sert ? Pourtant l'endroit semblait avoir résisté à toutes les intempéries.
J'ai frappé à plusieurs portes. Elles sont restées closes. Peut-être ne suis-je pas la bien-
venue. Je ne m'inquiète plus : je suis entrée en amitié avec la Solitude. Elle a bien vou-
lu de moi. Elle m'a dit de ne pas avoir peur. Que le désert était habité d'une présence,
le plus souvent impalpable. Elle m'a dit aussi qu'on ne trouve certaines oasis qu'en creu-
sant profond, tout au fond de soi. Qu'on peut alors s'asseoir sur le bord d'un poème com-
me sur la margelle d'un puits. Je me suis mise à rêver. J'ai dû rêver longtemps car au-
dessus de moi, le ciel a changé de couleur. J'ai frissonné. La Solitude m'a prise dans ses
bras. Elle m'a invité à danser sous les étoiles et nous avons célébré le mystère de l'Univers.