Après "Mots de passe" l'été 2002, j'ai eu envie d'aller plus loin, de faire un pas supplémentaire. Ce fut, pendant les vacances de Pâques 2003, un autre stage avec Colette et sa fille Sylvie, metteur en scène vivant en Espagne.
Un atelier en "jeu et en je".
Il se déroulait dans un décor magnifique, au pied des montagnes, dans la Drôme. Pour y arriver, il fallait le vouloir : train jusque Bruxelles, TGV pour la France, à la descente du train, bus jusqu'à un certain arrêt où on venait nous chercher en voiture pour nous conduire dans cette maison paisible, en pleine nature. Le soleil étant de la partie, ce fut une très belle semaine, même si j'y ai souffert d'une piqûre d'insecte assez importante et douloureuse à la jambe.
Travail d'écriture avec Colette, approche théâtrale en mouvement et en dialogues avec Sylvie. J'ai adoré.
Aimé ce moment passé avec Sylvie dans la ville proche dont j'ai oublié le nom, à une petite terrasse autour d'un café avec un peu de lait dont j'ai appris, par Sylvie, qu'en France cela s'appelait " café noisette."
Aimé les regarder toutes les deux ce dernier soir où Colette avait passé "Les filles seules" de Linda Lemay, cette écoute précédant un dernier souffle d'écriture sur les mères de famille. Je n'ai écrit que des bribes parce que je les regardais, parce que c'était la dernière fois. J'était touchée par cette connivence entre mère et fille, ce stage donné ensemble. Je les trouvais belles. Ne pouvait m'empêcher de m'interroger : "arriverais-je à faire pareil, à garder cette connivence que je vivais particulièrement avec une de mes filles ? "
Aujourd'hui, après quelques années de plus, j'ai bien peur que non...
Texte d'atelier amené notamment par une photographie et qui devait commencer par "Je n'ai jamais dit à personne"
Je n'ai jamais dit à personne qu'elle dansait ce matin-là pour prolonger la fête, heureuse, insouciante comme n'importe quelle petite fille. Si légère qu'elle était le vent dans sa robe claire, ses cheveux dénoués.
Elle dansait et son visage devenait fontaine, luciole, flaque de lumière. Et le bruit de ses pas sur la terre battue derrière la maison l'entrainaît loin des ombres.
Je n'ai jamais dit à personne qu'elle était balayée par des vagues. Flux. Reflux. Furie. Colère. Souffle saccadé, martelé, sifflant. Volcan crachant sa rage.
Puis, lentement, le retour au calme. Apaisement. Murmure entre ses lèvres entrouvertes. Les bribes d'une berceuse. Toujours la même. La délivrance enfin, tel un onguent réparateur.
Je n'ai jamais dit à personne que la mort convoitait ce petit corps, ditillant sournoisement ses coups de boutoir.
Jamais dit à personne que souvent je regardais sa photo en cachette pour garder intact le sourire de l'enfant - étoile.