C'est ici que j'ai décidé d'écrire, les soirs où j'en trouverai l'énergie. Ce sera l'objectif de mes journées : cette pause arrachée à la panique, à la nausée, ces minutes d'écriture qui me permettent de ne pas perdre le dialogue avec moi-même. Parce que, moi aussi, au fur et à mesure que les jours passent, j'ai l'impression de ne pas me reconnaître.
Je m'éloigne de moi. Je ne sais plus penser, je vis dans la peur, je vis dans l'attente, l'espace et le temps se sont condensés jusqu'à tout rendre immobile en moi et autour de moi, je suis tétanisée, je voudrais hurler mais je reste silencieuse, le cerveau asphyxié, comme mort.
Moi aussi je disparais.
Même mon corps je ne le touche plus, ou à peine, juste le minimum : pour le savonner, démaquiller le visage, effacer les traces de larmes. Lorsque je m'habille je ne m'attarde pas, je l'effleure comme s'il était devenu un étranger ou un ennemi, comme s'il m'avait trahie.
Puisque rien ne dure - Laurence Tardieu