Une bouffée de vent (malgré la chaleur, il faisait du vent) vint recouvrir d'un mince voile noir le soleil et le Strand. Les visages se décolorèrent ; les omnibus perdirent d'un coup leur éclat. Car même si les nuages étaient d'un blanc de montagne, de sorte qu'on pouvait s'imaginer y tailler des copeaux à l'aide d'une hachette, et qu'on distinguait, sur leurs flancs, de larges pentes dorées, des pelouses dans de célestes jardins des délices, et que tout leur donnait l'apparence de séjours rassemblés pour un concile des dieux au-dessous du monde, ces nuages étaient animés d'un mouvement perpétuel.
Les signes s'intervertissaient et l'on voyait, comme pour obéir à un plan préétabli, tantôt un sommet s'affaisser, tantôt un bloc de la taille d'une pyramide qui jusque-là s'était maintenu inaltérable s'avancer au milieu des autres ou mener solennellement la procession vers un nouveau port d'attache.
Même s'ils semblaient solides au poste,unis dans une même volonté de repos, rien n'aurait pu être plus neuf, plus libre, plus sensible au moindre contact que la surface blanche comme neige ou tout illuminée d'or.
J'ai beaucoup aimé cette description lue hier dans le train qui m'emmenait vers Bruxelles.Par la fenêtre le soleil venait se poser sur les visages, les corps et pendant un long moment ce fut au tour des pages de Mrs Dalloway (Virgina Woolf) d'être illuminées d'or.