Comme les musées,
les bibliothèques sont un refuge
contre le vieillissement, la maladie, la mort.
Jean Grenier
Hier soir, j'ai ouvert un livre. Je n'avais plus lu depuis près de quinze jours. La dernière fois, c'était dans ce train qui m'emmenait vers Ostende. Vers la mer.
Ne plus lire c'est déjà mourir.
S'enfoncer un peu plus vers la mort quand le corps, affaibli, vous laisse désarmée. Il faut d'abord lutter pour se remettre debout, reprendre peu à peu contact avec soi. Jusqu'à ce que, enfin, la main se tende vers une couverture, retrouve le plaisir du toucher, toucher ce monde de papier - je n'en connais pas d'autre.
Parfois le soir, quand je n'ai plus l'énergie de lire, j'ouvre un de ces mondes de manière symbolique et mes yeux glissent sur une, quelques phrases, parfois une page entière. Mon corps se colle aux mots comme une barque sur l'eau.
Ce geste-là sauve.
Lire me maintient en vie, me donne un surcroît de vie. M'éveille à quelque chose de plus grand en moi.
Alors ne plus lire pendant si longtemps, c'est une douleur supplémentaire.
Presque une perte irrémédiable comme celle de la mobilité.
Un vrai livre, c'est toujours
quelqu'un qui entre dans notre solitude.
Christian Bobin - La lumière du monde.
Qu'ils entrent, qu'ils entrent. Pour eux, il y a toute la place.