Quand l'esprit s'égare, en souffre-t-il ? Seulement, sans doute, quand il sort de l'égarement pour en prendre conscience. Le vieil homme amaigri, mais encore debout, qui si souvent se croit ailleurs qu'il n'est, revit d'anciennes scènes e sa vie ou en invente de nouvelles : souffre-t-il, dans cet ailleurs ? Paut-être pas, le temps qu'il y croit. Il se déplace en lui-même moins difficilement que dans l'espace réel.
Mais je me redis une fois encore qu'il ne faudrait pas se tourmenter avec le temps, se laisser hanter par ce qui n'est pas encore, si menaçant, imminent que cela puisse être.
Ecrire simplement "pour que cela chantonne ". Paroles réparatrices ; non pour frapper, mais pour protéger, réchauffer, réjouir, même brièvement.
Paroles pour redresser le dos ; à défaut d'être "ravis au ciel", comme les Justes.
Jusqu'au bout, dénouer, même avec des mains nouées.
Ce peu de bruits - Philippe Jaccottet