J'ai toujours aimé écrire des lettres. Très jeune, il y avait ces échanges de courrier avec ma cousine habitant en France.
Je me souviens de son écriture penchée, de ses mots à l'encre bleue, de cette lettre où elle me disait que la puissance de Wagner éclatait dans sa chambre.
Plus tard, il y eut ces lettres échangées avec une amie pendant les études supérieures. Nous étions à peine séparées de deux ou trois jours pendant un congé scolaire que nous prenions plume et papier pour continuer à converser.
Au cours de ces mêmes études, une autre correspondance s'était installée mais celle-là franchissait les murs d'une prison. Je m'étais dit que je les détruirais après les avoir relues. Je ne les ai pas relues. Elles sont toujours là, quelque part, dans une boîte en fer blanc.
Pendant ces années d'études j'ai été ballottée par des flots dont je me sens aujourd'hui si éloignée que j'ai peine à m'y reconnaître. S'il y a beaucoup de beaux souvenirs, il y en a d'autres pour lesquels je voudrais que la mémoire me fasse défaut. Des rencontres qui ne m'ont pas édifiée. Que j'aurais préféré ne pas faire. Aujourd'hui avec le recul, une sensation de malaise se répand sur ce parcours estudiantin, chaotique à tous les niveaux, jusqu'à l'épuisement qui m'a fait recommencer ma dernière année, sur ce parcours d'une jeunesse fendillée aussi par des éclats de pureté et d'insouciance.
Et puis la mort. Un mois et demi avant la fin des études. La mort d'un ange. J'ai toujours vingt-et-un ans quand je pense à lui. Lui qui n'a pas atteint ses vingt ans. Combien reste t- il aujourd'hui de ces êtres purs, de ceux qui, aujourd'hui, pourraient encore dire "J'irai au ciel chanter avec les anges" ?
Non seulement il chantait mais il jouait du piano et de la guitare. Sans avoir jamais appris la musique. Il est mort ici, dans cette ville où je vis depuis tant d'années, dans un hôpital qui n'existe plus. Je dois avoir une lettre peut-être, je ne sais plus, il y a des souvenirs que je n'aime pas trop retourner car les larmes ne sont jamais très loin, elles s'accrochent très vite aux yeux comme la poussière aux choses. Je sais juste qu'il y a ces mots écrits sur un feuillet à moins que ce ne soit au dos d' une photo, "Pour ma princesse".
Alors je me dis que dans cette vie, cette toute petite vie qui est la mienne, banale comme un tronçon d'autoroute, j'aurai été une fois princesse. Au regard d' un ange.